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Les latrines du château de Blandy-les-Tours

Les latrines du château de Blandy-les-Tours

Les latrines du château de Blandy-les-Tours datent toutes, sauf une, de la phase d’agrandissement du château, soit de la deuxième moitié du XIVe siècle. On en dénombre neuf, situées dans les tours et dans les logis et leurs occupations sont échelonnées du XIVe siècle au XVIIe siècle. Les latrines sont les toilettes.

  • Dans les châteaux, on trouve des latrines en encorbellement. C’est un petit édicule construit sur le mur de l’enceinte qui laisse s’évacuer les déjections par un orifice dans le sol. Celles-ci tombent alors dans le fossé engendrant des saletés et des odeurs pestilentielles.
  • Il existe encore des latrines à l’intérieur des tours ou des bâtiments avec une conduite en biais, qui rejette les sédiments directement dans le fossé à l’extérieur.
  • A partir du XIVe siècle, les latrines à fosse se généralisent, comme on en voit au donjon de Charles V à Vincennes (94).

Un nouveau type de latrines au XIVe siècle : les latrines sur fosse


Dans les logis

- 1. Celle dont le comblement est le plus ancien (XIVe siècle) est située dans l’angle du logis nord, appelé logis du sieur Gimat dans le texte de 1688.

- 2 et 3 : puis viennent les deux latrines de la salle de l’Auditoire, fouillées toutes les deux, en 1996 et en 1998 et qui datent de la fin XVe au début du XVIe siècle.

. - 4 : Ensuite, une fosse était située derrière le logis du bailli et son dernier remplissage date de la deuxième moitié du XVIe siècle.


Figure 1. Plan du château avec emplacement des latrines

DAO : O. Deforge CD77



- 5 et 6 : Deux fosses étaient situées sur le côté oriental de la tour maîtresse carrée (le cellier) et étaient principalement comblées par des gravats de destruction et débris architecturaux. L’une, accolée au logis, pouvait en dépendre. Son comblement peut être daté de la fin XVe-début XVIe siècle par la présence de 3 coquemars complets. Le comblement de la seconde, accolée au cellier, datait des XVIe-XVIIe siècles.

Dans les tours

- 7 et 8 : La tour des Archives et le Donjon ont toutes les deux une tourelle carrée accolée à la tour principale, contenant les latrines.

Hors du château

Un petit bâtiment rectangulaire était installé dans le talus de l’escarpe, contre le mur de courtine, derrière les latrines du bailli, dont le comblement date du XVIIe siècle. Il n’est raccordé à aucun bâtiment, si bien qu’on ne peut pas affirmer que c’est une fosse de latrines. Mais son remplissage (sédiments, céramiques, verres, etc.)  tend à faire penser qu’il en avait bien l’usage.

Dans la tour de justice

Une dizième latrine est située dans la salle basse de la tour de Justice (« cul de basse-fosse ») et se déverse directement dans le fossé par une conduite maçonnée. Ce n’est donc pas une latrine sur fosse. Elle est datée du XIIIe siècle comme la tour. C’est la seule appartenant à la période du manoir.

L'architecture des latrines

Latrines sur fosse

Ces latrines appartiennent à la catégorie des latrines sur fosse qui se développe à partir du XIVe siècle. L’exemple le plus connu de château francilien en possédant est le donjon du château de Vincennes.


Dans ce système, les latrines occupent une colonne ou une tour où chaque étage possède un siège et une conduite qui se déverse ensuite, par une seule conduite collectrice, dans une fosse réceptacle en sous-sol de la tour ou du bâtiment. Cette conduite unique est visible dans le cône de déjection qu'elle laisse dans la fosse. Au contraire de la fosse de Vincennes qui comporte plusieurs conduites.

Cette fosse est maçonnée, comme une cave, voûtée, mais son sol ne l’est pas et laisse filtrer les substances liquides. Cela permet d’assécher les matières fécales, qui se transforment en poudre et diminuent en volume.

Entre la voûte de la fosse et le mur arrière du bâtiment ou l’un des murs de la tour, un espace parallèle au mur, d’une largeur de 0,60 m laisse la place pour l’installation du ou des sièges. Des carreaux de grès disposés régulièrement, forment l’ossature sur lequel des coffres en bois devaient former les sièges.

Figure 3. Plan des latrines de la tour des Archives

DAO : O. Deforge, CD77

Des latrines différentes

Chaque fosse de latrines est différente des autres.

  • Les latrines de la salle de l’Auditoire sont doubles, composées de deux petites caves voûtées en berceau surbaissé utilisant le grès et la meulière, dont les couchis sont visibles. Elles s’appuient sur le mur de courtine à l’angle avec la tour-porte carrée.
  • Les latrines du logis du Bailli sont triangulaires.
  • Les latrines du logis du sieur Gimat, accolées à la courtine, entre la tour nord et la tour de Justice sont construites en moellons de meulière.
  • Les latrines du Donjon comportent un massif destiné au nettoyage de la fosse.

L'utilisation des latrines.....comme poubelles


A leur première fonction de toilettes, l’usage en ajoute une seconde, celle de dépotoir. En effet, sont retrouvés dans les fosses au milieu des sédiments, des objets manufacturés, des gravats, des restes d’assiette, des animaux entiers, etc… Cette seconde fonction de poubelle a permis de connaître beaucoup d’aspects de la vie du château et de ses habitants.



Source de renseignements sur l'alimentation

Figure 4

Clés retrouvées dans les latrines utilisées au XIVe s

Photo Y. Bourhis, CD77.

Les spécialistes, carpologue, palynologue, archéozoologue, ont vérifié que les rejets analysés provenaient bien d’excréments des latrines. Les graines, conservées sous forme minéralisée, imbibée ou carbonisée, sont bien caractéristiques de ces milieux. Certains restes consommés portent des preuves qu’ils ont été ingérés (pépins de fruits, os de poissons portant la trace de mastication et les atteintes des sucs gastriques). La présence de parasites humains, mis en évidence par le parasitologue,  ne fait que renforcer ces résultats (œufs d’ascaris et de trichocéphales).

et sur la vie au château

Ces fosses contenaient de la vaisselle, terre cuite, verre, des objets en métal, des objets en bois, etc…, des éléments de construction. Ils ont permis de connaître la vaisselle de table et de cuisine en terre cuite, métal et verre, les objets du quotidien (couteaux, clés, ferrures…), les éléments de construction utilisés dans le château comme les carreaux de pavement, tuiles, abat-vent, moellons en pierre ou en plâtre, fragments de l’entablement d’une cheminée, la vitrerie, le décor du château et également l’harnachement du cheval (éperon, fer à cheval, étrier, pommeau d’épée, boucle de harnais).

Figure 5. Gourde en grès et coquemar glaçuré

Photo Y Bourhis, CD77

Figure 6. Coquemars jetés dans les latrines n° 1

photo ACAME Mireille Castille

L'entretien des latrines


Les latrines pouvaient être curées lorsqu’elles étaient pleines. Des ouvriers étaient préposés à cette fonction, « maître des basses œuvres ». Dans la fosse des latrines du Donjon, un massif permettait cet usage. Le vidangeur s’y tenait debout et pouvait ainsi retirer avec un seau les matières. Dans les latrines 2 de la salle de l’Auditoire, dont le remplissage datait de la fin du XVe siècle-début XVIe siècle, une fine couche avait été laissée sur le fond, qui contenait un verre à pied du XIVe siècle.

Figure 7. Siège de latrines dans un château

REFERENCES

Auteur

Marie-Claire COSTE,

médiateur du Patrimoine, Château de Blandy-les-Tours



LEXIQUE

  • 1688 (texte de) : un texte de 1688 « Etat des lieux du château de Blandy et de ses dépendances » présente en 106 articles, un descriptif du château, pièce par pièce, en les nommant, les localisant et listant les travaux à faire. C’est le seul texte indiquant la présence des logis du Bailli, du sieur Gimat et de l’Auditoire et l’appartement de Monsieur Longueville… (Archives Départementales de Seine-et-Marne, 2 Bp 142).
  • Archéozoologue : spécialiste qui identifie les ossements d’animaux présents dans les sédiments. L’Ichtyologue, par un tamisage plus fin des sédiments, obtient les restes des poissons qu’il identifie et analyse.
  • Cône de déjection : Sédiments disposés en cône à la sortie du conduit.
  • Couchis : assemblage de pièces de bois posées sur les fermes d’un cintre afin de soutenir un arc ou une voûte en construction.
  • Carpologue : spécialiste qui identifie les graines, coques et noyaux, afin de déterminer les espèces végétales présentes dans les sédiments qu’il a tamisés.
  • Palynologue : spécialiste qui identifie les pollens présents dans les sédiments et détermine les espèces végétales.
  • Parasitologue : médecin ou pharmacien biologiste spécialiste des maladies liées à des parasites et, pour l’archéologie, détermine les parasites humains ou animaux dans les sédiments.

Bibliographie


  • M-C. COSTE (dir.), Mode de vie et alimentation à la fin du Moyen Age au château de Blandy-les-Tours, approche pluridisciplinaire des latrines de la salle de l’Auditoire, Supplément n°28 à la Revue Archéologique du Centre de la France, FERACF, Tours, 2006.
  • J. CHAPELOT : Exploration de la tour des latrines du donjon du château de Vincennes, Bulletin Scientifique d’Ȋle-de-France, Service Régional d’Ȋle de France, 1996p. 143.
  • MONNET C. : L’évacuation des déchets en milieu urbain au bas Moyen Age. L’exemple de la cour Napoléon du Louvre, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 166 p.
  • L’hygiène au Moyen Age, Tour Jean sans Peur, 2010, Association des Amis de la tour Jean sans Peur